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De l’initiative de praticiens-ennes en médecine chinoise à l’engouement de tout un centre hospitalier

Comment rester les bras croisés alors qu’une pandémie se développe ?
Comment attendre dans son coin alors que des hôpitaux sont débordés, des soignants épuisés ?

C’est à partir de cette impuissance que j’ai échangé avec le Dr Julien Trautmann dès l’annonce du confinement.

Florent Binon, je co-dirige l’École Zhōng Lì, et le Dr Trautmann enseigne la physiopathologie à nos étudiants de 4ème et 5ème année. Il est chef du service de soins palliatifs et président de CME du Centre Hospitalier de Givors. Il est également praticien en médecine traditionnelle chinoise et propose des consultations de gestion de la douleur.

Après quelques échanges rapides, je lui propose ce projet, relativement simple, et qui était également en train de se mettre en place ou qui était déjà mis en place au sein des Centres Hospitaliers d’Alès et de celui de Metz : proposer gratuitement et bénévolement des consultations en médecine chinoise aux agents du CH de Givors afin de les soutenir tout au long de cette crise liée au COVID-19.

Dans les jours qui suivent, le Dr Trautmann propose l’idée à la direction de l’hôpital qui est véritablement emballée.

Après quelques discussions et quelques mises au point, je soumets un projet clef en main à la direction de l’hôpital. Rapidement tout est validé, tout est organisé, une convention de partenariat est signée entre le CH de Givors et l’École Zhōng Lì.

Face à une demande potentiellement importante de la part des agents (en tous cas, à ce moment, c’est ce que nous espérions), il nous faut constituer une équipe de praticiens-ennes ayant de solides connaissances et compétences.

Rémy Orsini, également co-directeur de l’École Zhōng Lì, Cédric Padial, directeur du centre de Lyon de la FLETC, Antoine Rohart, un collègue Lyonnais, Sophie Michaud et Virginie Burnet Merlin, toutes deux étudiantes en 5ème année au sein de l’École Zhōng Lì et jeunes praticiennes de la région Auvergne-Rhône-Alpes, et moi-même nous mobilisons pour assurer ces consultations. Nous sommes rejoins ponctuellement par Nathalie Molendi et Florence Bossan, praticiennes dans la Loire et sur Lyon.

Nous sommes installés dans le service de l’hôpital de Jour au sein du CH de Givors. Nous avons 5 chambres à disposition ainsi qu’un bureau et un office. Le matériel est entièrement fourni par l’hôpital.

Un agenda partagé sur le réseau intranet de l’hôpital est créé, agenda sur lequel les cadres de santé de chaque service peuvent inscrire les agents souhaitant bénéficier des consultations. Notre présence est prévue 3 jours par semaine : les lundis, mercredis et vendredis.

La durée des soins est de 45 min, ce qui permet d’une part d’accueillir plus d’agents mais également de ne pas trop perturber l’organisation des différents services, dans la mesure où les agents peuvent venir sur leur temps de travail. Avec cette organisation, nous sommes pleinement autonomes.

1ère journée, le mercredi 1er Avril ! Début des consultations à 9h. Au départ, 9 consultations de prévues, mais à la fin de la journée… 23 ! Le bouche à oreilles s’est mis en place. Dès le vendredi suivant, nous avoisinerons les 40 consultations. Une magnifique dynamique se met en place. Les journées sont intenses, mais notre motivation est à toute épreuve.

Nous accueillons des agents de tous services et de tous corps de métiers : médicaux, paramédicaux, agents d’entretien, agents administratifs… Nous les prenons en charge, nous échangeons avec eux, nous entendons leurs craintes, leurs difficultés, leurs peurs, leur détresse ! Le COVID n’est qu’un catalyseur. Leurs maux ne sont pas récents et témoignent de la souffrance du milieu hospitalier. Le nombre d’agents souffrant de troubles musculosquelettiques et/ ou de troubles du sommeil et/ ou de troubles digestifs liés au stress est impressionnant.

Alors nous sommes là. Là pour eux. Pour essayer autant que possible de les soulager, de soulager leur souffrance physique et/ ou psychique, de leur permettre de prendre une bouffée d’oxygène.

Les agents repartent souvent sans leur douleur, ou en étant plus sereins, plus détendus.

Avec les collègues, nous nous répartissons les jours afin d’assurer une prise en charge optimale.

Au départ quelques peu timides, les agents nous posent des questions sur notre pratique, mais rapidement, un climat de confiance s’installe. Chaque matin, les salles sont préparées par des agents. D’autres, nous amènent des viennoiseries et autres douceurs. D’autres encore, comprenant que nous sommes bénévoles, mettent en place une boîte à dons… finalement, c’est une véritable collaboration qui est mise en place.

Face à cette réussite, le Centre Hospitalier de Vienne souhaite lui aussi mettre en place des consultations de médecine chinoise à destination de ses agents. Avec le Dr Trautmann, nous favorisons ce développement, et proposons à Nathalie Crozier, une collègue de la région de Vienne, d’intervenir au sein du CH de Vienne et de coordonner la petite équipe constituée.

Les semaines passent et le nombre de consultations à Givors reste toujours élevé : entre 100 et 120 consultations par semaine. Au bout d’un mois, nous avons reçu plus de 200 agents sur un hôpital qui en compte 550. Le Dr Trautmann reprend les dossiers qui nous avons mis en place afin d’extraire les résultats qui sont plus que pertinents.

Avec le déconfinement du 11 Mai, l’hôpital de Jour voit son activité habituelle redémarrer. La question n’est même pas de savoir si notre action doit s’arrêter ou pas. La direction de l’hôpital a déjà tout prévu et se mobilise pour nous installer dans d’autres locaux, inoccupés depuis quelques temps. Malgré les difficultés logistiques, encore une fois, ils nous installent tout ce dont nous avons besoin pour continuer.

Voyant cet engouement, nous réfléchissons, avec la direction de l’hôpital, à pérenniser notre action. Les choses avancent vite et dans quelques temps, tout devrait être mis en place pour que la médecine chinoise à destination des agents hospitaliers continue au sein du CH de Givors.

Florent Binon

Co-directeur de l’École Zhōng Lì

Consultations de médecine chinoise au sein du CH de Givors

1 mois !

1 mois que nous avons mis en place des consultations de médecine chinoise au sein du Centre Hospitalier de Givors.

1 mois qu’une équipe de praticiens en médecine chinoise, principalement issus de l’École Zhōng Lì, assurent ces consultations pour soutenir les agents hospitaliers du CH de Givors.

En 1 mois, plus de 400 consultations !

Les motifs sont multiples : fatigue, inquiétude, anxiété, insomnie, douleurs physiques diverses… Et les résultats sont au rdv.

Et ce n’est pas fini !

Accompgnement dans le cadre de hernie discale lombaire à l’aide des neuf palais (jiǔ gōng 九宫)

Cet article n’a pour but que d’illustrer une possibilité d’accompagnement en médecine traditionnelle chinoise (zhōng yī 中醫) des personnes souffrant de hernie discale, étant entendu, que ces personnes doivent obligatoirement être suivies par le corps médical et/ ou paramédical.

 

Introduction

Les termes « neuf palais » font bien évidemment référence aux « Diagramme des neuf palais (jiǔ gōng tú 九宫图) » :
Sans rentrée dans les détails, ce qui dépasserait le cadre de cet article, il s’agit d’un « carré magique » d’ordre 3 (pour plus de détails, cf. prochain article).
Le diagramme des neuf palais (jiǔ gōng tú 九宫图) possède de nombreuses applications, notamment en médecine chinoise (zhōng yī 中醫). Ici, nous allons l’utiliser dans le cadre d’un traitement de hernie discale.

 

Anatomie

Les 24 vertèbres constituant la colonne vertébrale s’emboîtent les unes dans les autres créant ainsi le canal vertébral dans lequel se trouvent la moelle spinale, le liquide cérébro-spinal et les racines des nerfs spinaux.
Entre ces vertèbres, des disques intervertébraux plats et flexibles servent d’amortisseurs lors des mouvements et rendent la colonne souple et mobile. Ces disques sont composés d’un anneau fibreux dur à l’externe et d’un noyau mou à l’interne, le nucleus pulposus.
Les nerfs spinaux, qui prennent naissance au niveau de la moelle spinale et émergent par les foramina intervertébraux, et sont responsables de la sensibilité et de la motricité de l’ensemble de l’organisme.

 

Physiopathologie

La hernie discale apparaît lorsque le nucleus pulposus (ou noyau pulpeux) repousse vers l’extérieur l’anneau fibreux qui s’est usé. Cette pression peut déclencher une inflammation des racines nerveuses accompagnée d’une douleur locale, mais aussi de douleurs, de perte de mobilité et d’engourdissements, des membres inférieurs ou des membres supérieurs, selon la localisation de la lésion.
En présence d’une saillie de l’anneau fibreux, on parle de protrusion discale. Il s’agit alors d’un stade moins avancé de l’usure du disque, mais qui peut tout de même causer des douleurs s’il crée une compression nerveuse, et peut également évoluer vers une hernie discale.
Lorsque l’anneau fibreux se fissure et laisse s’échapper une partie du nucleus pulposus dans le canal rachidien, on parle de hernie discale. Il s’agit d’un stade plus avancé de la lésion.
Les hernies discales se retrouvent principalement au niveau des vertèbres lombaires, et parfois au niveau des cervicales.
Certains facteurs peuvent entraîner l’apparition de hernies : le port de charges, les vibrations, les activités répétées contraignant le dos à des efforts inadaptés, le surpoids, les grossesses, une faiblesse musculaire…
Il est important de noter que certaines protrusions ou hernies discales peuvent être asymptomatiques et donc méconnues, ou découvertes de façon fortuite lors d’un examen médical.
À l’inverse, certaines hernies discales peuvent entraîner des troubles importants : douleurs intenses, perte de tonus musculaire, engourdissement, perte de mobilité, trouble sensitif…
Tout dépend de la localisation et de la compression créée par la hernie, ou la protrusion, au niveau des racines nerveuses et de la moelle spinale.
Dans certains cas, si des racines nerveuses sont comprimées au niveau des 3 dernières vertèbres lombaires ou des vertèbres sacrées, on peut également se trouver en présence d’un « syndrome de la queue de cheval », créant des douleurs dans la zone uro-génitale et anale, ainsi qu’une perte de sensibilité et une incontinence.

 

Examens

Une radio peut mettre en évidence un rétrécissement de l’espace intervertébral et permettre de déceler ainsi une discopathie, mais ne permet pas de déterminer la présence ou non d’une hernie discale.
L’IRM est le seul examen qui permet de confirmer la présence d’une hernie.
Des observations et test peuvent permettre d’émettre des suppositions, mais sont insuffisants pour confirmer avec précision la lésion. Seul l’IRM est concluant.

 

Observation :
  • Si la compression est sur la racine de L3 : douleur face antérieure puis médiale de la cuisse et s’arrête à la face médiale du genou ;
  • Si la compression est sur la racine de L4 : douleur face antérieure de la cuisse, de la jambe et s’arrête sur le coup de pied ;
  • Si la compression est sur la racine de L5 : douleur face latérale de la jambe jusqu’au gros orteil ;
  • Si la compression est sur la racine S1, douleur face postérieure de la jambe jusqu’au 5e orteil.

 

Test de Lasègue :
Consultant en décubitus dorsal. Empaumer le talon du consultant et soulever le membre inférieur sans flexion du genou.
  • S’il y a une douleur en dessous de 15° : suspicion de hernie discale avec éjection du noyau en dehors du disque.
  • Si une douleur apparaît entre 15°et 30° : suspicion de discopathie sans éjection du noyau.
  • Si une douleur apparaît entre 30° et 60° : sciatalgie sans discopathie.
  • S’il y a une douleur au-dessus de 60° : contracture des muscles postérieurs de la cuisse.

 

Traitement par les neuf palais (jiǔ gōng 九宫)

Technique :

 

1. Localiser
Localiser l’espace intervertébral où se situe la hernie, ce qui permet de repérer le centre du diagramme, le chiffre 5.
Repérer ensuite l’espace intervertébral du dessus et celui du dessous.
Les aiguilles de la ligne centrale du diagramme seront insérées au niveau des espaces intervertébraux.
Les aiguilles des lignes verticales de droite et de gauche du diagramme seront insérées 0,8 cùn (寸) à l’extérieur de la ligne médiane postérieure (juste à côté des points huá tuó jiā jǐ xué [华陀夹脊穴]).

 

2. Insérer
Insérer une première aiguille (40 mm x 0,30 mm de diamètre minimum) au niveau de l’espace intervertébral de la hernie.
La seconde aiguille doit être insérée à gauche de la première (chiffre 3 du diagramme).
La troisième aiguille doit être insérée à droite de la première (chiffre 7 du diagramme).
Ainsi, nous avons déjà une première somme de 15.
La quatrième aiguille doit être insérée dans l’espace intervertébral au-dessus de celui de la hernie (chiffre 9 du diagramme).
La cinquième aiguille doit être insérée à gauche de la quatrième (chiffre 4 du diagramme).
La sixième aiguille doit être insérée à droite de la quatrième (chiffre 2 du diagramme).
Nous avons une deuxième somme de 15.
La septième aiguille doit être insérée dans l’espace intervertébral en dessous de celui de la hernie (chiffre 1 du diagramme).
La huitième aiguille doit être insérée à gauche de la septième aiguille (chiffre 8 du diagramme).
La neuvième aiguille doit être insérée à droite de la septième aiguille (chiffre 6 du diagramme).
Nous avons une troisième somme de 15 et finalement toutes les sommes possibles de 15.

 

3. Manipuler
À partir de là, sur chaque aiguille, appliquer le nombre de manipulations d’aiguilles, tí chā (提插) et niǎn zhuǎn (捻转) en tonification/dispersion équilibrée (píng bǔ píng xiè 平补平泻), qu’indique le diagramme des neuf palais (jiǔ gōng 九宫) :
  • Pour la première aiguille : 5 manipulations.
  • Pour la deuxième aiguille : 3 manipulations.
  • Pour la troisième aiguille : 7 manipulations.
  • Etc.

 

4. Moxer
Une fois fait, utiliser la technique de l’aiguille tiède par moxa (wēn zhēn jiǔ 温针灸) sur chaque aiguille.
Le nombre de cônes (en bourre d’armoise) est variable et dépend de ce que pourra supporter le consultant.
Précautions :
Bien protéger la peau de la personne afin que la chaleur dégagée par la combustion de l’armoise reste supportable.
Utiliser impérativement des aiguilles de 40 mm x 0,30 mm de diamètre minimum et les insérer suffisamment profondément afin d’éviter que l’aiguille ne penche et ne soit trop près de la peau de la personne.

 

Fréquence de traitement :
Traitement tous les jours pendant une semaine, faire une pause d’une semaine, puis reprendre une autre cure si besoin.

 

Variation :
Si la chaleur dégagée par les moxas est trop importante, il est possible de n’appliquer des moxas que sur la ligne des 3 premières aiguilles le premier jour.
Le 2ème jour, appliquer des moxas sur la ligne du dessus.
Le 3ème jour, appliquer des moxas sur la ligne du dessous.
Le 4ème jour, appliquer des moxas sur la ligne horizontale du milieu et sur celle du dessus.
Le 5ème jour, appliquer des moxas sur la ligne horizontale du milieu et sur celle du dessous.
Les 6ème et 7ème jours, appliquer des moxas si possible sur toutes les aiguilles.

 

Actions/ fonctions :
Faire circuler le qì et le sang et arrêter la douleur (huó qì xuè zhǐ tòng 活气血止痛) ;
Relâcher les tendons et désobstruer les vaisseaux luò-liaison (shū jīn tōng luò 舒筋通络) ;
Tonifier le qì et le sang (bǔ qì xuè 补气血).

 

Bonne pratique !!!

 

Florent Binon
Co-fondateur et co-directeur de l’École Zhōng Lì